
«Et sans être malade» précise Vladimir Pletser, physicien et ingénieur de l’ESA lors de la 48ème campagne de vols paraboliques de l’Agence Spatiale Européenne. De tels vols permettent de recréer les conditions d’impesanteur durant une vingtaine de secondes à chaque parabole – l’avion suit une trajectoire en forme de cloche - pour préparer les missions spatiales ou accomplir des expériences scientifiques. Vladimir Pletser salue d’ailleurs avec humilité son collègue Bob Williams de la NASA qui lors de sa retraite dépassait les 60.000 paraboles.
Vous vous demandez peut-être pourquoi des gens sérieux tiennent à avoir la tête en bas… Tout d’abord, cette pause a été prise rapidement pour saluer un chiffre somme toute symbolique car le but de tels vols est avant tout scientifique. L’intérêt ? Pour simplifier, disons qu’au sol on n’étudie jamais véritablement la matière ou un phénomène physique. Mais la matière ou un phénomène physique soumis à la pesanteur terrestre, soit 1g. En 0 g, la matière se comporte autrement, révélant parfois sa «vraie nature» et autorisant ainsi des avancées théoriques mais aussi pratiques. Malheureusement, la machine qui génère un champ d’antigravitation n’existe pas ! Il faut donc orbiter autour de la Terre pour pouvoir mener des expériences en impesanteur sur de longues durées. On notera que les spécialistes disent plutôt micropesanteur (car il reste toujours un petit «résidu» de pesanteur, l’équilibre des forces entre gravité et chute libre ne pouvant être parfait).
Si on se contente de durées très courtes (quelques secondes), on peut tout simplement lâcher une boite contenant l’expérience du haut d’une tour. La boite est alors en chute libre et donc fugacement en impesanteur... jusqu’à l’impact au sol ! Il existe ainsi des «tours d’impesanteur», sorte de grandes «cheminées» au sein desquels on procède à des chutes soigneusement planifiées (sans oublier un système d’amortissement).
Entre cette solution et le laboratoire orbital, il existe l’avion dit zéro-g comme celui de la société Novespace (à bord duquel cette photo a été prise). L’avantage est qu’on bénéficie de 20 secondes de précieuse impesanteur à chaque parabole. De plus, l’appareil permet de procéder à des expériences avec des cobayes humains sur des domaines aussi divers que le sens de l’équilibre, la circulation sanguine, la perte d’orientation des pilotes et bien d’autres.
En 5.000 paraboles sur 9 avions différents, Vladimir Pletser a ainsi cumulé 27 heures et 47 minutes d’impesanteur (tout en supervisant 700 expériences !) soit l’équivalent de 18 orbites autour de la Terre. Mais il n'est pas pour autant blasé : «C'est toujours aussi extraordinaire» affirme-t-il avant d'expliquer l'importance des sensations. «Je suis un scientifique de formation et donc je comprends la théorie et les équations de la chute libre et de l'impesanteur. Je sais que c'est vrai et que ça marche ! Mais vivre l'impesanteur avec ses tripes et son cœur, la ressentir à l'intérieur, c’est encore différent et toujours une redécouverte». Et 22 ans après sa première parabole, Vladimir Pletser compte bien continuer : «J'espère en faire encore quelques milliers et contribuer à quelques autres centaines d’expériences et ainsi faire avancer un peu plus la science».
La 48ème campagne de vols paraboliques de l'ESA
Sur le site de l'agence
L'Airbus A300 Zéro-g de Novespace
Site officiel
Notions sur l'impesanteur
Wikipédia (FR) - CNES - Educnet
Les tours d'impesanteur
Wikipédia (EN) - Zarm (à Brême)
Vladimir Pletser
Portrait dans La Tribune de Bruxelles - Livre En avant Mars (Amazon)
Crédit photo : DR (via V. Pletser)
vendredi 28 mars 2008
5000 paraboles
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